Vivre pour mourir, à quoi bon ? (3) Un Nouvel Espoir

Cet article est sensé conclure une série de réflexions sur cette question : Vivre pour mourir, à quoi bon ? 

Sans nul doute cette question dérange. Pour y échapper, on se tourne massivement vers les rivages  oniriques de l’hédonisme libertin, mais cette position est finalement invivable.

Qu’il était facile de saper l’issue de secours hédoniste, de montrer en quoi elle était invivable ! Montrer que la question du sens face à la mort demeure désespérante est une tâche aisée, apporter une réponse : voilà quelque chose de bien plus difficile. Confronté aux afflictions, accablé de toutes parts, tout espoir peut sembler naïf, voire enfantin(1.) : l’espérance communiste ou anarchiste(2.), celle de l’humanisme des Lumières ou encore du New Age. Celles-ci ont montrées leurs limites.

Dieu ? « Une idée encore plus ridicule ! », me direz vous. « Regardez toutes les souffrances que j’endure, c’est injuste ! »(3.). Soit, mais refuser l’existence de Dieu devient alors une question de principe et non de vérité : « Je refuse qu’un Dieu qui permet ce qui m’arrive existe ! ».

Quand je me sens offensé (en particulier par quelqu’un qui m’est proche), mon premier réflexe est toujours de m’éloigner de l’autre, d’interrompre le dialogue. Ainsi, je peux me permettre de ruminer dans mon coin, de me répéter inlassablement combien j’ai le droit d’être indigné…  Je me renfrogne alors qu’en discuter avec mon compère me procurerais bien plus de paix. Mais cela est profondément douloureux, puisque ceci m’amènera à m’humilier et confesser que, sans doute, je suis aussi (voire entièrement) en tort. C’est à ce prix, cependant, que sont le pardon et le rétablissement de la relation.

 Se confronter à Dieu (i.e. à son existence)(4.) est, de la même manière, un évènement déplaisant. Il apporte un regard extérieur sur nos actions et nous pousse à l’humilité.

Il faut du courage pour se poser la question de Dieu, c’est un périple lent, éprouvant et laborieux. Pourquoi devrais-je m’y atteler ? La question est légitime : pour se donner les moyens de répondre à La question, « Vivre pour mourir, à quoi bon ?« .

Chez Camus, dans un premier temps, la non-existence de Dieu est supposée(QuestionSuivante) et non prouvée (5.).  Ce n’est pas un hasard si des rumeurs courent (fondées ou non, c’est assez diffile à déterminer) sur la conversion tardive de Camus au christianisme : Dieu apparaît en creux dans ses oeuvres.

« Il (Rieux) avait seulement gagné d’avoir vécu la peste et de s’en souvenir, d’avoir connu l’amitié et de s’en souvenir, de connaître la tendresse et de devoir un jour s’en souvenir. Tout ce qu’un homme pouvait gagner au jeu de la peste et de la vie, c’était la connaissance et la mémoire. Peut-être était-ce cela que Tarrou appelait gagner la partie ! […] Mais si c’était cela, gagner la partie, qu’il devait être dur de vivre seulement avec ce qu’on sait et ce dont on se souvient, et privé de ce qu’on espère. C’est ainsi sans doute qu’avait vécu Tarrou et il était conscient de ce qu’il y a de stérile dans une vie sans illusions. Il n’y a pas de paix sans espérance »

La peste, Albert Camus

Dieu est celui qui donne du sens. Il comprend la souffrance, puisqu’il l’a vécue. Il en donne même une réponse et une issue : Jésus qui a souffert physiquement aussi bien qu’existentiellement (6.) et, à l’apogée, est mort pendu à un instrument de torture. Mais, il est réssucité ! Il nous invite à partager sa condition et à la victoire sur le non-sens, la souffrance et la mort.

En un paragraphe, je suis conscient que ça fait beaucoup à avaler d’un coup. Et que peut-être je ressemble au dernier des allumés. Pourtant, l’espérance chrétienne est unique : on peut enquêter sur elle et déterminer si elle est vraiment fondée. Il suffit d’investiguer un évènement historique : Jésus est-il vraiment réssucité ?

Se poser la question de Dieu peut être un lent périple. Sans doute faut-il commencer par l’historicité de la résurrection de Jésus et vous faire votre propre avis.

Voici, en tout cas, quelques ressources intéressantes :

  • Sur la mort et la résurrection de Jésus

Réellement, Jésus est ressucité ?

  • En un peu plus détaillé :

Jésus est-il ressucité ?

  • Un article catholique sur les implications de la résurrection :

Jésus est ressucité, qu’est-ce que cela change ?

  • Quelques ressources sur la question de la souffrance et du mal :

Si Dieu n’existe pas, qui est en droit de décider de manière absolue de ce qui est bien ou mal ?

Quelle solution face au mal ?

Notes :

(1.) J’ai l’impression qu’il existe une estéthique du désespoir, particulièrement présente en France. Le blasé, le cynique sont des personnages attrayants. Et ce, pour des raisons qui m’échappent, y étant moi-même assez sensible. Il nous fait probablement paraître comme lucide (Dr House, par exemple). Ceci étant dit, l’optimisme paraît niais (à raison). Mais l’espérance n’est pas un optimisme. Je suis tombé sur quelques citations de Georges Bernanos dans mes lectures récentes. Ses commentaires sur l’espérance amènent particulièrement à la reflexion :

L’espérance est une détermination héroïque de l’âme , et sa plus haute forme est le désespoir surmonté.

L’espérance est une vertu héroïque. On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eux le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prenaient faussement pour de l’espérance.

L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque de tous les risques.

L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme.

On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la verité. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore.

[…]

Les optimistes sont des imbéciles heureux, quant aux pessismistes, ce sont des imbéciles malheureux.

[…]

Le grand malheur de cette société moderne, sa malediction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses legislateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance.

Geroges Bernanos, conférence 1945

(2.) Les anarchistes, issus d’un mouvement qui m’est cher, étaient des experts en nitroglycérine : La dynamite, les quatre barbus. Pourtant si les bombes des premiers temps étaient posées par excès d’espérance, celui-ci s’est vite mûe en nihilisme (avec la victoire du léninisme en Russie). A une autre époque, cette mutation peut-être aussi observé dans la musique punk : d’abord porteuse d’un message politique (très souvent anarchiste, mais l’on trouve aussi des groupes d’extrême droite ou communistes) s’est finalement tournée vers le No Future et veut résumer la vie à la consommation de bières et de pizzas.

(3.) Ce brillant article (écrit par un non moins brillant apologète 🙂 ) résume l’évolution de la position de Camus à cet égard.

(4.) C’est un devoir universel. Que ce soit pour les athées ou les athées pragmatiques (vivant comme si Dieu n’existait pas), agnostiques, chrétiens etc. Tout le monde devrait (ou devra) un jour se confronter à la question de Dieu. (Est-ce que Dieu existe ? Si Dieu existe, qu’est-ce que cela change ?)

(5.) Ce qui est, en fait, la position d’énormément de personnes. Même parmi les athées les plus virulents. Et c’est vrai, même si on s’en rend pas forcément compte : croire en Dieu est parfois vu  a priori  comme une absurdité, une réminiscence d’un autre âge, en passe de disparaître.

(6.) Sur la croix, les paroles de Jésus ne désignent pas principalement une souffrance physique : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » La souffrance existentielle est bien plus forte que la souffrance physique, déjà immense, d’une crucifixion

NB : Phrase qui résume une partie de l’article mais qui me semblait trop violent pour pouvoir être insérée dedans :

Se complaire dans sa souffrance, c’est se complaire dans sa position de victime, que rien ni personne ne peut accuser.

NB 2: http://www.yumyumreel.com/theology-in-star-wars/ (Pour voir l’image en grand)

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2 réflexions sur “Vivre pour mourir, à quoi bon ? (3) Un Nouvel Espoir

  1. Du libertinage à la mort. Amusant parralléle. Tout ceci en passant par l’hédonisme et disons le tout cour le narcissisme aussi. N’est-ce pas là en fait la pierre angulaire du pb ?
    St Augustin : aimer c’est souffir ! pourquoi m’aimer ?
    Narcisse : m’aimer c’est souffrance.
    Hédoni : sans le beau je ne pourrais m’aimer.
    Je t’encourage pour la suite de ta réflexion à faire un tour du coté de l’absurde… il te faut faire un article sur : « la vie (ma vie, celle des autres) est-elle absurde ? »
    Tu progresses, tu progresses, c’est très intéressant.
    Sans abandonner la foi, extrait toi de ta croyance, pour progresser… les moines font l’exercice.
    Bon WE Décosseetdharicot’s !

    J'aime

    1. Je suis pas sur de bien comprendre ta remarque. Selon toi, quelle est la pierre angulaire du problème, que l’hédonisme est narcissique?
      Et je suis pas sur de comprendre non plus la référence à St Augustin. Lui disait que c’est l’amour qui différencie les fils de Dieu des fils du diable.
      J’ai déjà fait un tour vers l’absurde dans cet article : https://decosseetharicots.wordpress.com/2016/03/21/vivre-pour-mourir-a-quoi-bon-1-le-mythe-de-sisyphe/
      La remarque était que la question Vivre pour mourir, à quoi bon ? est le constat de l’homme absurde.
      (D’ailleurs Camus abandonnera l’absurde pour la révolte, quand il s’est rendu compte que l’absurde était moralement neutre par rapport au meurtre).

      Quant à m’extraire de mes croyances, je le. Fais assez régulièrement, et je l’ai fait deux fois déjà dans le cadre de cet article : vers l’hédonisme et vers l’absurde. Tant que je peux j’essaye d’en apprécier les bons côtes, jusqu’à me laisser attraper par ses attraits. (Je l’ai même fait avec le mormonisme, récemment 🙂 )
      Ceci étant dit, jusqu’à maintenant, Jésus est toujours sorti vainqueurs de ces combats.
      En tout cas, merci de me lire si assidûment et merci pour tes commentaire, tonton!

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